ROUTE DU RHUM – DESTINATION GUADELOUPE

 

Alors que Boris Herrmann a pris ce matin la tête de la flotte des IMOCA avec une option très à l’Ouest, le navigateur du Yacht Club de Monaco, qui participe à son premier transatlantique en solitaire, se confiait hier soir sur sa première partie de course.

 

« Assis à boire mon “apéro” tout seul, une bière, un babybel et des crackers, j’essaye d’oublier la course durant 20 minutes. Avant d’avoir l’esprit trop fatigué, il faut que je me change les idées. Je veux mentalement récupérer après le stress du départ. La houle nous pousse comme dans un grand souffle puis nous barre la route et nous arrête presque. C’était le rythme de ma journée. Les creux faisaient 4 à 5 mètres… Pas plus… 😉 Pas terrible sur une route au près, cela ralentit ma moyenne. C’est impressionnant à voir et j’essaye d’apprécier le moment. Le coucher de soleil a été rapide. En ouvrant ma bière, il commençait à peine, maintenant l’horizon se pare de pourpre et de gris. Ma route au Sud m’empêche de voir le soleil se coucher sur la mer. Il disparaît derrière le franc bord de Malizia II car dans ma route à l’Est, il me barre la vue sur le couchant. Depuis mon cockpit, je peux regarder au Nord-Est. La nuit tombe, les températures baissent, les amplitudes s’intensifient. 

 

 

La rupture hier de l’amure de mon J3 a eu raison de mon innocence et je scrute sans cesse ma mâture et mes voiles comme si ma confiance en moi avait été ébranlée… Aurais-je trop demandé à Malizia II ? Avec le J2 et un ris dans la grand’voile, je suis poussé par 22 à 24 nœuds de vent à 65 degrés. Mes compagnons de route habituels me manquent et j’ai en ce moment une pensée reconnaissante envers eux. Il me tarde déjà de les revoir en Guadeloupe.

Il est difficile de déconnecter ses sens du bateau et je dois trouver le sommeil. J’essaye d’imaginer Malizia II filant sur une eau lisse comme un miroir. J’essaye de me projeter à l’arrivée où je retrouverai mes amis. Pas facile de s’endormir avec des vents instables. Le bateau est trempé et il souffre… Moi aussi. Et cela depuis le début de la course. Cela ne peut que s’améliorer.

 

 

La course :


Il y a 24 heures, j’étais un peu stressé. Je venais juste de réparer et de tester le J3 quand j’ai pris une série de grains jusqu’à 43 nœuds. Quel stress ! A chaque fois, je me suis demandé s’il fallait affaler le J3, avant que le vent ne retombe. Plus tard dans la nuit, la coque commençait à taper si fort, que cela n’était plus vivable. Il était impossible de tenir debout ou de rester assis. Il me restait à choisir entre faire la route ou faire la course. Mais pour exister, il me faut une bannette et du sommeil. Je pense que j’ai réussi à dormir… quelques minutes, les jambes appuyées contre la cloison pour ne pas glisser en avant à chaque embardée. A chaque risée, je levais la tête pour jeter un œil aux instruments. J’ai abattu un paquet de milles durant la nuit et ce matin, je me retrouve en deuxième position. Un petit moment de gloire, probablement éphémère mais qu’il faut apprécier à sa juste valeur. 

Tout va dépendre de l’anticyclone et de l’évolution du front froid qui se développe depuis l’Ouest et qui engendre un nouvel anticyclone. La modélisation des prévisions prévoit que je passerai dans le bon timing pour en profiter mais rien n’est moins sûr. La formation d’un nouvel anticyclone est moins précise que la prédiction de la situation générale. Maintenant, je vais avoir besoin d’un peu de chance pour rester dans la course jusqu’à lundi prochain quand j’aurai atteint les alizés. Au delà des prévisions, il faut composer avec le destin. Advienne que pourra. J’ai pris une option très à l’Ouest et il n’est plus temps de la changer. Je vais poursuivre sud-sud ouest. Je vais résister à l’envie de virer de bord. Les conditions plus fortes que prévues sont éreintantes. 

 

Avec des gains marginaux en suivant le routing, je préfère suivre la voie sud ouest en quête de mer calme pour que Malizia puisse glisser sans effort, harmonieusement et en sécurité sans taper. Je me souviens des moments avec Thomas (Ruyant) il y a un an pendant la Transat Jacques Vabre : il avait été impressionné par notre vitesse au portant. J’avais prévu de rester avec le gros de la flotte mais, étant resté arrêté dans la seconde zone de basses pressions après le départ, je me suis retrouvé en queue de peloton et je voyais Paul (Meilhat) et Vincent (Riou) filer devant à 15 noeuds alors que je restais collé à 2 noeuds pendant de longues heures. Tout comme Yann (Eliès) qui a néanmoins fini par toucher de l’air alors que je continuais à être ballotté avec des voiles fasseillantes. Malizia se retrouvait condamnée dès le premier jour de course. Quelques heures plus tard je sortais de ce trou d’air sans ne plus pouvoir joindre les concurrents échappés. Je me retrouvais alors dans une course contre moi-même ; seul ; alors que je préfère être en course contre des concurrents directs.

 

Au moins, nous aurons connu notre jour de gloire sur l’affichage du tracking et cela donne de l’espoir pour le futur. Je vais continuer à cravacher en exploitant toutes les opportunités et profiter du moment. J’ai énormément appris dans la perspective du Vendée Globe, mais je ne veux pas résumer l’aventure à cela. La course est longue et je veux tout donner pour voir Malizia II – Yacht Club de Monaco couper la ligne d’arrivée dans environ 8 jours”.

 

ROUTE DU RHUM – DESTINATION GUADELOUPE

 

Alors que Boris Herrmann a pris ce matin la tête de la flotte des IMOCA avec une option très à l’Ouest, le navigateur du Yacht Club de Monaco, qui participe à son premier transatlantique en solitaire, se confiait hier soir sur sa première partie de course.

 

« Assis à boire mon “apéro” tout seul, une bière, un babybel et des crackers, j’essaye d’oublier la course durant 20 minutes. Avant d’avoir l’esprit trop fatigué, il faut que je me change les idées. Je veux mentalement récupérer après le stress du départ. La houle nous pousse comme dans un grand souffle puis nous barre la route et nous arrête presque. C’était le rythme de ma journée. Les creux faisaient 4 à 5 mètres… Pas plus… 😉 Pas terrible sur une route au près, cela ralentit ma moyenne. C’est impressionnant à voir et j’essaye d’apprécier le moment. Le coucher de soleil a été rapide. En ouvrant ma bière, il commençait à peine, maintenant l’horizon se pare de pourpre et de gris. Ma route au Sud m’empêche de voir le soleil se coucher sur la mer. Il disparaît derrière le franc bord de Malizia II car dans ma route à l’Est, il me barre la vue sur le couchant. Depuis mon cockpit, je peux regarder au Nord-Est. La nuit tombe, les températures baissent, les amplitudes s’intensifient. 

 

 

La rupture hier de l’amure de mon J3 a eu raison de mon innocence et je scrute sans cesse ma mâture et mes voiles comme si ma confiance en moi avait été ébranlée… Aurais-je trop demandé à Malizia II ? Avec le J2 et un ris dans la grand’voile, je suis poussé par 22 à 24 nœuds de vent à 65 degrés. Mes compagnons de route habituels me manquent et j’ai en ce moment une pensée reconnaissante envers eux. Il me tarde déjà de les revoir en Guadeloupe.

Il est difficile de déconnecter ses sens du bateau et je dois trouver le sommeil. J’essaye d’imaginer Malizia II filant sur une eau lisse comme un miroir. J’essaye de me projeter à l’arrivée où je retrouverai mes amis. Pas facile de s’endormir avec des vents instables. Le bateau est trempé et il souffre… Moi aussi. Et cela depuis le début de la course. Cela ne peut que s’améliorer.

 

 

La course :


Il y a 24 heures, j’étais un peu stressé. Je venais juste de réparer et de tester le J3 quand j’ai pris une série de grains jusqu’à 43 nœuds. Quel stress ! A chaque fois, je me suis demandé s’il fallait affaler le J3, avant que le vent ne retombe. Plus tard dans la nuit, la coque commençait à taper si fort, que cela n’était plus vivable. Il était impossible de tenir debout ou de rester assis. Il me restait à choisir entre faire la route ou faire la course. Mais pour exister, il me faut une bannette et du sommeil. Je pense que j’ai réussi à dormir… quelques minutes, les jambes appuyées contre la cloison pour ne pas glisser en avant à chaque embardée. A chaque risée, je levais la tête pour jeter un œil aux instruments. J’ai abattu un paquet de milles durant la nuit et ce matin, je me retrouve en deuxième position. Un petit moment de gloire, probablement éphémère mais qu’il faut apprécier à sa juste valeur. 

Tout va dépendre de l’anticyclone et de l’évolution du front froid qui se développe depuis l’Ouest et qui engendre un nouvel anticyclone. La modélisation des prévisions prévoit que je passerai dans le bon timing pour en profiter mais rien n’est moins sûr. La formation d’un nouvel anticyclone est moins précise que la prédiction de la situation générale. Maintenant, je vais avoir besoin d’un peu de chance pour rester dans la course jusqu’à lundi prochain quand j’aurai atteint les alizés. Au delà des prévisions, il faut composer avec le destin. Advienne que pourra. J’ai pris une option très à l’Ouest et il n’est plus temps de la changer. Je vais poursuivre sud-sud ouest. Je vais résister à l’envie de virer de bord. Les conditions plus fortes que prévues sont éreintantes. 

 

Avec des gains marginaux en suivant le routing, je préfère suivre la voie sud ouest en quête de mer calme pour que Malizia puisse glisser sans effort, harmonieusement et en sécurité sans taper. Je me souviens des moments avec Thomas (Ruyant) il y a un an pendant la Transat Jacques Vabre : il avait été impressionné par notre vitesse au portant. J’avais prévu de rester avec le gros de la flotte mais, étant resté arrêté dans la seconde zone de basses pressions après le départ, je me suis retrouvé en queue de peloton et je voyais Paul (Meilhat) et Vincent (Riou) filer devant à 15 noeuds alors que je restais collé à 2 noeuds pendant de longues heures. Tout comme Yann (Eliès) qui a néanmoins fini par toucher de l’air alors que je continuais à être ballotté avec des voiles fasseillantes. Malizia se retrouvait condamnée dès le premier jour de course. Quelques heures plus tard je sortais de ce trou d’air sans ne plus pouvoir joindre les concurrents échappés. Je me retrouvais alors dans une course contre moi-même ; seul ; alors que je préfère être en course contre des concurrents directs.

 

Au moins, nous aurons connu notre jour de gloire sur l’affichage du tracking et cela donne de l’espoir pour le futur. Je vais continuer à cravacher en exploitant toutes les opportunités et profiter du moment. J’ai énormément appris dans la perspective du Vendée Globe, mais je ne veux pas résumer l’aventure à cela. La course est longue et je veux tout donner pour voir Malizia II – Yacht Club de Monaco couper la ligne d’arrivée dans environ 8 jours”.